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jeudi 13 décembre 2012

Jacqueline Caron

                                                                             
Jacqueline Caron: Différencier au quotidien




Vous voyez le visage de cette femme. Il n'est pas connu. Du moins, pas publiquement. Un sourire sincère, un regard intense. Cette femme-là, tous les parents voudraient la voir dans l'école de leur enfant.

Pour moi, la rencontre s'est passé un soir de septembre dans les locaux des éditions De La Chenelière sur le boulevard Rosemont. Madame Caron y lançait en toute simplicité l'édition revue et augmentée de son classique Quand revient septembre 2e édition (Chenelière éducation, Montréal 2012). Elle est venue vers moi et s'est présentée, accueillante et attentive. Charmante.

Jacqueline Caron fait carrière dans l'enseignement depuis 50 ans. Après sa formation, elle ne s'est pas contentée d'appliquer les méthodes inculquées. Elle s'est rapidement rendu compte de leurs limites et de la frustration ressentie par l'enseignant lorsque sa pédagogie n'arrive pas à mener tous les élèves à la réussite. Que faire? Être à l'écoute bien sûr des différents niveaux d'apprentissage.
Pour l'enseignant: « Différencier au quotidien » la méthode pédagogique qui va avec.

Ce soir-là au lancement, madame Caron entourée de ses fidèles assistantes, de jeunes enseignantes, de ses éditeurs, a raconté son histoire aux invités. Celle d'une femme née dans les années 1940 qui a dédiée sa créativité aux enfants. Magnifique conteuse, son discours, à travers moult anecdotes, était rempli d'amour. Pour tout et pour tous. Au cours de sa carrière, elle a su défendre son point de vue et s'entourer des personnes qui ont permis l'épanouissement de son hypothèse. Pour cela, je lui rends hommage.

Je ne suis pas la seule. En effectuant ma recherche sur le web, je suis tombée sur les commentaires dithyrambiques de plusieurs enseignants  blogueurs sur sa méthode pédagogique. Elle fait partie de ces gens dont la rencontre marque et laisse des traces pour le plus grand bien de tous.

Je ne suis ni enseignante, ni parent, ni étudiante en pédagogie mais je vis dans cette société souvent dure dans laquelle nombre d'enfants devenus adultes n'ont pas eu la chance de recevoir un enseignement sensible à leur différence et qui ont souffert du rejet plutôt que d'avoir connu l'écoute.

Elles et ils existent, ces pédagogues remarquables (souvenons-nous du documentaire de Sylvie Groulx La classe de madame Lise où l'on voit l'enseignante gérer les différences de nationalité dans sa classe de première année), mais on les entend et les voit si rarement dans les médias! J'aurais bien aimé trouver sur Youtube par exemple, une conférence ou une entrevue avec madame Caron. Rien, nothing, nada.

Alors merci madame Caron pour votre démarche si inspirée et si inspirante. Vous avez parcouru le globe pour la faire connaître, et je ne suis pas surprise du bon accueil que l'on vous a réservé.


http://www.jacquelinecaron.com/

samedi 1 décembre 2012

Michelle Blanc




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« Il préférait assurément cette charge d'adrénaline que procure la transgression des tabous et qui mène à la liberté, une liberté sans commune mesure.»
Un genre à part. Extrait de la biographie de Michelle Blanc par Jacques Lanctôt. Libre Expression, Montréal, 2012.
http://www.edlibreexpression.com/Michelle-Blanc/Jacques-Lanctot/livre/9782764805619



Comment alimenter un blogue sur les femmes, ces femmes si fragiles et si fortes à la fois, sans parler de Michelle Blanc? Si je crois qu'il faille le faire c'est parce qu'elle répond aux critères de Ces femmes-là. Elle a souffert, profondément souffert, elle est dotée d'une grande sensibilité et d'une grande intelligence, outils avec lesquels elle a mené son combat vers la liberté. Maintenant, non seulement doit-elle discuter des enjeux entourant les stratégies web grâce aux médias sociaux, elle doit aussi analyser ceux qui se rapportent à la condition féminine http://femme-2-0.blogspot.ca/ . À cet effet, et contrairement à ce qu'elle affirme sur son blogue Femme 2.0, j'espère qu'elle continuera à alimenter celui-ci.

J'aurais bien aimé que ce soit la maison d'édition pour laquelle je travaille qui publie sa biographie! Mais Johanne Guay, avec son flair habituel, a reconnu que l'histoire de Mme Blanc devait être écrite et méritait sa place dans le fonds des Éditions Libre Expression. 

La publication de sa biographie, que vient de faire paraître la maison, a attiré mon attention, me ramenant une fois de plus vers Michelle Blanc: comme beaucoup de Québécois je regardais Tout le monde en parle en 2008 alors qu'elle y a fait son coming out télévisuel. Mais avant cela, en 2005, alors qu'en année sabbatique j'explorais les sujets dont on on parlait peu mais dont le potentiel m'attirait, je cherchais des informations sur les blogues, outil alors peu connu. Je m'intéressais particulièrement aux blogues publics d'entreprise et cherchais les patrons blogueurs de ce monde (à l'époque ils étaient peu nombreux et j'oserais avancer qu'ils ne le sont pas beaucoup plus aujourd'hui...). Bien sûr, le site de Michel Leblanc était rapidement devenu la principale source de ma recherche et il m'a beaucoup appris sur les médias sociaux en général. Depuis ce temps, je continue d'être attirée par ce monde.

Mais autre chose a ramené Michelle Blanc dans mon paysage quotidien: ses tweets. Et plus spécifiquement, ses tweets que j'ai attrapés au vol, au travail, apparaissant parmi les centaines d'autres qu'on ne lit pas pour toute sorte de raisons. Puis, le hasard nous fait lever les yeux et hop c'est LE gazoulli qu'il fallait lire. Cette fois-là, j'attrape son message: nouvelle maison, nouvelle terrasse, nouvelle vie, verre de vin à la main elle savoure la douceur du printemps naissant avec son amoureuse et le partage avec ses abonnés. Tweetpic à l'appui.Quelle tendresse nous recevons en plein après-midi de travail! Cette femme-là me parle et la synchronicité a fait en sorte que je partage ce moment où elle témoigne de son bonheur. Je l'ai trouvée adroite et me suis promis d'en faire autant au travail...un jour; pas facile d'exprimer un truc personnel alors qu'on a été éduqués à ne pas s'épancher au boulot... mais Times they are a-changin' n'est-ce pas? Heureusement.

Come mothers and fathers
Throughout the land
And don't criticize
What you can't understand
Your sons and your daughters
Are beyond your command
Your old road is
Rapidly agin'.
Please get out of the new one
If you can't lend your hand
For the times they are a-changin'
(Times they are a-changin', Bob Dylan)

D'abord il y a ce mystère, celui de la féminité chrysalide. Michelle Blanc, c'est une histoire de vie qui s'éveille avec nous autres témoins. Une histoire faite de valeurs humaines, celles de la transparence et de l'authenticité.

dimanche 25 novembre 2012

Katharine Hepburn



http://www.katharine-hepburn.com/
    
« Si on respecte toutes les règles, on gâche tout le plaisir.» Katharine Hepburn

Hepburn a une histoire de vie formidable.  Bien sûr, aurait-on tendance à dire... Elle fait partie de ces femmes qui m'impressionnent par leur patience et leur persévérance. Comme Eleanor Roosevelt, Goliarda Sapienza et Doris Lessing dont la singularité a finalement trouvé à s'exprimer. Actrice dans l'âme dès son plus jeune âge, Katharine Hepburn ne peut passer que par l'art du jeu pour s'affirmer. cependant, la jeune femme devenue comédienne professionnelle ne répond pas physiquement aux standards de beauté de son époque. Elle n'est pas complexée pour autant et finira par imposer l’expression de sa différence. Elle est très grande et très mince, cela lui posera problème pendant des années jusqu’à ce qu’elle réussisse à faire aimer son style singulier, qu’elle seule pouvait rendre avec tant d'élégance. Elle choisira de porter le pantalon et des vêtements en général plutôt amples pour équilibrer la maigreur de sa silhouette. Son look à la garçonne aura beaucoup de succès, représentant la libéralisation de la femme dont l'éveil bat son plein avant la deuxième guerre mondiale. Hepburn n'aura pas d'enfant et restera l'image de la femme libérée et indépendante, dotée d'un caractère très fort.

Le poète Phelps Putman dit d'elle : « Elle était l'anarchie vivante du cœur. Elle était aussi impolie que la vie et la mort. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Katharine_Hepburn, novembre 2012).

Son histoire amoureuse ne sera pas moins banale. En 1940 elle rencontre l'homme de sa vie, Spencer Tracy. L'acteur est marié et refusera de divorcer par conviction religieuse. Cela n'empêchera pas la formation de ce couple célèbre qui restera uni jusqu'à la mort de l'acteur en 1967.



http://luxe.planet.fr/2012/11/20/lets-make-love-au-cinema/




Trouvée en faisant des recherches pour ce billet, une lettre d'amour lue par l'actrice, présentée sur le blogue d'Isabelle Regnier, journaliste et critique cinéma pour le journal Le Monde http://cinema.blog.lemonde.fr/2012/09/07/bouleversante-lettre-de-katharine-hepburn-a-spencer-tracy/ (novembre 2012).




J'ai découvert Katharine Hepburn dans le film The African Queen, un après-midi de congé à l'école primaire, en regardant Ciné-quiz. Aux côtés de Humphrey Bogart elle joue le rôle d'une soeur missionnaire. C'est l'aventure au coeur de l'Afrique en 1914, et c'est l'un de mes meilleurs souvenirs cinématographiques.

mercredi 24 octobre 2012

Doris Lessing, femme blanche venue d'Afrique





Doris Lessing




Doris Lessing
http://www.britannica.com/blogs/wp-content/uploads/2007/12/lessing.jpg
 

« Think wrongly, if you please, but in all cases think for yourself.» 
Doris Lessing
Interview with Amanda Craig, "Grand dame of letters who's not going quietly," The Times, London (23 November 2003). www.wikiquote.org  octobre 2012.


























Doris Lessing fait partie de ces femmes, comme Eleanor Roosevelt ou Goliarda Sapienza, qui ont affirmé leurs valeurs, les ont exprimées à leur façon, en étant créatives, conscientes des enjeux qui les touchent et touchent aussi ceux qui, comme elles, doivent faire face aux contingences de leur condition.

Ce qui m’a marquée dans la lecture de Doris Lessing est l’aspect autobiographique de son œuvre. En recherche constante de l’expression de l’affirmation de soi, elle a mis en scène (dès 1949) des situations très modernes de femmes libres au moment où l’engagement politique représentait la manière la plus efficace de faire avancer les choses. Elle-même a été très active au sein du parti communiste anglais jusqu’au  milieu des années 1950 alors que l’on découvrait un Staline horriblement tortionnaire. Pénible deuil pour elle et pour des milliers de membres qui quitteront le parti, déchirés. Elle publiera après cela Le carnet d'or.
Doris Lessing est né en Perse (aujourd’hui l’Iran) le 22 octobre 1919. Ses parents, Anglais, s’installent en Rhodésie (maintenant le Zimbabwe), à l’époque colonie britannique. Elle est alors âgée de six ans dans un pays en friche, où la nature est omniprésente. Elle grandit dans un milieu rustre, sans culture, duquel elle s’extirpera finalement par les rencontres amicales et maritale, en se découvrant écrivain.




Son chef-d’œuvre demeure le Carnet d’or (The Golden Notebook, 1962). Roman complexe, à la forme inusitée, qu’il faut lire et relire à travers les années qui passent. On commence par ne pas tout saisir, jusqu’à ce les situations des personnages féminins finissent pas ressembler à celles de nos propres vies; les illusions de la jeunesse font place à la lucidité, épreuve existentielle qui nous concerne tous. Contrairement à Goliarda Sapienza, Doris Lessing ne s’arrête pas à la description de la volupté. La sensualité y est ardue, retenue, faussement prude et disparaît au profit du mental. Mme Lessing ne se laisse pas déconcentrée par ces effets du corps, bien que ses personnages féminins soient sans cesse à la recherche de l’amour.


Les femmes sont fortes dans l’œuvre de Lessing et les personnages masculins ne sont pas évolués, victimes puériles de femmes adultes et assumées qu’ils ne reconnaissent pas. Bref, elles font peur aux hommes, qui se trouvent bousculés par ces sorcières intellectuellement exigeantes. Le lecteur lui aussi est bousculé, mais la profondeur de la réflexion engendrée en vaut la chandelle.
En 2003, elle publie The Grandmothers où deux grands-mères tombent respectivement amoureuses du petit-fils de l’autre! Encore des personnages hors normes, il faut que nos aïeules lisent ça pour changer!
En 2007, elle reçoit le prix Nobel de littérature et à 93 ans, toujours active, elle publiera en février prochain  The Story of General Dan.



samedi 20 octobre 2012

Goliarda Sapienza



Goliarda Sapienza (1924-1996)




« Se faire et se défaire des habitudes c'est comme ça qu'on doit vivre. »
L'art de la joie, Goliarda Sapienza








Qui connaît Goliarda? J'ai marché longtemps ce matin en pensant à elle. Je pense souvent à elle d’ailleurs. Au titre de son roman L’art de la joie. Son chef-d’œuvre. La joie. Quel beau mot que l’on n’utilise pas assez souvent et dont l’étymologie est si riche. Certainement une des auteures les plus authentiques que j’ai lues. Elle est une rebelle au point de vue singulier, de ceux qui vous éclairent en passant par le décryptage romanesque de tous les tabous –d’aujourd’hui et d’alors- et de tout ce qui fait une vie.

Folie, inceste, viol, relations amoureuses intergénérationnelles, femme au pouvoir, femme libre, bisexualité, émotivité, meurtre, sexualité de l’enfant, maternité, mariage, vieillesse et j’en passe.


source: Chapitre.com http://bit.ly/TpcURi (13 octobre 2012)


J’ai découvert ce roman, inspiré de son histoire et enfin publié après dix ans d’écriture et la recherche d’un éditeur, (si vous ne l’avez pas lu, bande de chanceux, précipitez-vous en librairie) parce que d’autres femmes m’en ont parlé. Il a été publié à titre posthume. Goliarda est morte en 1996, dans la jeune vieillesse, à l’âge de 72 ans, d’un accident bête, en tombant d’un escalier.

Ce roman est tous les romans à la fois : politique, historique, populaire (fresque familiale), érotique, psychologique, philosophique, poétique.

Ceux qui l’ont lu évoque le frisson, la passion, la possession de soi par un récit exceptionnel. Il vous faut le lire, pour cette formidable aventure intellectuelle et sensuelle. C’est certainement dans ce roman que j’ai eu la plus belle expérience de lecture du sentiment amoureux. Touchée. Sapienza est aussi habile, sur ce plan, que le grand D.H. Lawrence.

Goliarda Sapienza est la benjamine d’une famille communiste recomposée dont le père est un avocat qui défend les pauvres et la mère, bourreau de travail, une intellectuelle reconnue et engagée qui a eu trois fils d’un précédent mariage. Goliarda grandit parmi eux, qui sont adultes, dans les années trente.

« Ses frères lisent des poèmes à table, font de la musique, et sa mère la reçoit dans son bureau où elle lui parle de l’asservissement de la femme et de l’amour libre.» (http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/Terriennes/Dossiers/p-22140-Goliarda-Sapienza-ecrivaine-affranchie-des-le-berceau.htm)
Dans un nouveau roman qui vient de paraître en français, Moi, Jean Gabin, dans lequel elle relate avec un certain humour son enfance (« si nous n’avons pas d’argent, c’est parce que nous n’exploitons personne » p.40), nous voilà plongés dans les années d’avant-guerre siciliennes, chez les communistes à la dent dure, en lutte contre le fascisme. La petite Goliarda vit avec une sensibilité propre et très profonde; elle peut pleurer de joie en mangeant de la polenta avec son oncle parce que quelques minutes avant elle s’en faisait de se trouver au milieu d’intellos qui se nourrissent d’études et ne font que lire, en mangeant des fruits, sans gourmandise. Elle n’en fait pas un drame, elle se sent en sécurité, elle est aimée, mais souffre de l’incapacité à exprimer ses sentiments et le grand amour qu’elle ressent pour les membres de sa famille, pour sa mère en particulier.

Source: FNAC



Sa pensée, absolument originale, s’y révèle encore une fois. « Moi, qui ai appris de Jean Gabin à aimer les femmes...» p.7. Elle est amoureuse de Jean Gabin qu’elle découvre, gamine, au cinéma de son village et qui la fait rêver et l’aide à se détacher de sa nature anxieuse.


Tout comme chez Eleanor Roosevelt,  « l’action calme l’angoisse et la peur » (p.47),
et ce sont les valeurs humaines et féminines qui l’habitent.  De même, la relation épanouie avec soi et avec les autres est essentielle. Elle est loin de la rationalité. C’est une artiste, intense, explorant pendant  toute sa vie ses forces et ses faiblesses qui sont celles de toutes les femmes, par le biais de la littérature et de l’art dramatique. Pour mieux se connaître, il faut lire ses livres.